De l'alchimie à la spectrographie de masse haute-résolution

Ecrits du Docteur Kiener

L'Iboga, plante sacrée du Gabon, revient à la une de la presse scientifique mondiale à la suite des travaux d'une équipe américaine.

Cette plante connue depuis la fin du siècle dernier, existait en France comme spécialité pharmaceutique dès les années trente et disparut, comme tant d'autres spécialités anciennes (Les Américains d'ailleurs conservent précieusement dans leur arsenal thérapeutique ces vielles spécialités sous le nom de "Grand father's product"').

Beaucoup de nouvelles molécules pharmaceutiques tirent leur origine des connaissances traditionnelles, et doivent leur célébrité nouvelle au simple fait qu'une équipe scientifique ait eu accès à ces connaissances ancestrales et que les méthodes de la pharmacologie moderne aient permis d'isoler tel ou tel principe actif. On assiste donc à une sorte de transfert de connaissance d'une société primitive vers la société scientifique et la molécule ainsi rebaptisée acquiert une notoriété indiscutée. On oublie simplement que cette démarche est aussi implicitement une validation non seulement de la substance mais aussi de la démarche qui a conduit à son choix et pour le moins cela devrait nous interpeler et nous inciter à entrer dans la logique même qui a présidé au choix par les anciens les plantes ou substances retenues.

Je prescris depuis de longues années avec bonheur une vieille spécialité française mise sur le marché en 1924 : l'huile de HAARLEM.

C'est une combinaison de fleur de soufre, d'essence de térébenthine et d'huile de lin qui existe maintenant en capsules gastro-résistantes et dont l'emploi est ainsi grandement facilité.

Peu de médecins la connaissent encore et son histoire est pourtant symptomatique du destin de nombreux remèdes dont les racines plongent dans un savoir traditionnel rattaché à une logique très différente de la nôtre aujourd’hui, ici la tradition alchimique, et qui s’avèrent examinés selon nos critères modernes d’une étonnante actualité. Et pourtant ces remèdes, comme l’Iboga, risquent de disparaître sans même qu'on s'en aperçoive et il ne se trouvera pas  toujours une équipe américaine pour les remettre au goût du jour. L'huile de Haarlem n'en est pas tout à fait là mais attention!

Ce remède est utilisé depuis le XVIIème siècle. Il résulte des travaux de l'alchimiste TILLY qui dans les droits fit des travaux de PARACELSE et de son disciple VAN HELMONT cherchait à réaliser les grands arcanes alchimiques.

Grâce à l'action déterminante du grand médecin que fut Hermann BOERHAVE, de l'université de LEYDEN, qui utilisa ce remède surtout dans les lithiases urinaires et biliaires l'huile de Haarlem acquit dès 1696 une grande notoriété dans toute l'Europe

Ce que représentait l'huile de Haarlem dans la logique alchimique n'est pas l'objet du présent article, mais ce que l'on doit savoir c'est que l'objectif de l'art spagirique était médical et consistait à "ouvrir" les sels, les métaux et métalloïdes pour qu’ils soient thérapeutiquement actifs. (On dirait aujourd'hui biodisponible, bien que ce terme soit trop réducteur par rapport à la démarche alchimique.) Paracelse, Vari Helmont et leurs disciples dont TILLY et Hermann BOERHAVE lui-même étaient convaincus que la maladie résultait de l’entartrage" de l'organisme. (cf-Paracelse et son traité du tartre) et qu'il fallait donc trouver des substances pour "dissoudre"ce tartre. (On dirait aujourd'hui "pour éliminer les toxines circulantes ou les dépôts".) On ne sera pas étonné d'apprendre alors que l'huile de Haarlem fut d’abord utilisée dans ce but : C’était le grand remède de la "Gravelle". (on dirait aujourd'hui des lithiases urinaires et biliaires;)

En 1963, l’huile de Haarlem figure encore avec cette propriété dans la petite encyclopédie médicale du Professeur Jean HAMBURGER; elle est aussi citée dans les cahiers du collège de médecine des hôpitaux de Paris (Nº9- 1963) comme un des incontournables remèdes des lithiases.

Ce qui est plus étonnant encore quand on sait ce que représente le "soufre" des alchimistes - c'est de voir confirmé. Depuis peu l'étonnante intuition (?) des alchimistes qui considéraient que le soufre était le porteur d'énergie par excellence et que l'on considère le rôle central du soufre dans le métabolisme énergétique du vivant notamment dans le fonctionnement de la Mitochondrie. (Cycle de Krebs et chaîne respiratoire)

L'huile de Haarlem est aujourd'hui en partie décryptée (totalement du point de vue chimique) et son action peut être en partie expliquée par la présence d'un soufre non oxyde, métalloïdique colloïdal dont la biodisponibilité est stupéfiante: per os on le retrouve dans les bronches au bout d'une demi-heure et dans les disques intervertébraux au bout d'une heure. (Un soufre ouvert "auraient dit les alchimistes.)

Le rôle du soufre est si important qu'on finit presque par l'oublier.

Constituant des acides aminés soufrés (méthionine, cystéine, taurine), le soufre a un rôle structurel dans les protéines, dans les tissus, osseux, la peau, un rôle plastique dans les cartilages et les parois artérielles (Cycosaminoglycanes comme l’acide chondroitine sulfate, l’héparane sulfate ou le dermatane sulfate) un rôle fonctionnel dans le métabolisme énergétique en tant que soufre minéral ou comme constituant des différentes enzymes de la chaîne respiratoire ou du cycle de Krebs (FAD-NAD Coenzyme A-ferredoxine), un rôle protecteur dans le dispositif de lutte contre les radicaux libres (glutathion) mais aussi au niveau des bronches dans la régulation du système mucociliaire par une action fluidifiante directe par rupture des ponts disulfures et indirecte par son action corticolike, puisque l'huile de Haarlem agit aussi comme corticostimulant naturel des surrénales.

Une action anti-inflamatoire a été mise en, évidence de même qu'une action antiseptique. Tout ceci explique également l'action antirhumatismale du remède puisque l'on sait que l'inflammation est grosse productrice de radicaux libres, donc grosse consommatrice de glutathion.

Les salicylés mais aussi l'indométacine sont responsables d'une fuite urinaire de soufre; on a donc tout intérêt à complémenter en soufre lors d'une utilisation d'anti-inflammatoire N.S.

Il faut bien sûr également rappeler le rôle du soufre comme éliminateur des toxines au niveau hépatique, soit par la voie des sulfo-conjugaisons (PAPS),soit par la voie de la Taurine et l’élimination biliaire.

L'apport alimentaire en soufre est essentiellement constitué des acides aminés soufrés et plus particulièrement la méthionine. Certaines plantes contiennent du soufre : radis, les choux, l'oignon et l'ail.

Outre les bronchites, rhumatismes l'Huile de Haarlem agit avec succès chez tous ceux qui ont des toxines à éliminer; ceci va des sportifs en phase de récupération à ceux qui souhaitent arrêter de fumer.

On voit donc toute l'étendue de l'action thérapeutique de ce remarquable remède qui s'utilise chez l'adulte en traitement d'attaque à raison de 3X2 capsules par jour avant les repas pendant huit jours, puis 3X1 capsules par jour pendant quinze jours. Pour les enfants on diminue la dose par deux.

"The last but not the least", ce remède non remboursé ne coûte au malade. qu'un à deux francs par jour de traitement

En conclusion je dirais simplement : quand un malade souffre, assurez vous d'abord qu'il ne manque pas de soufre. Et ce n'est pas un simple jeu de mots-je le vois tous les jours dans mon cabinet. Essayez comme moi vous commencerez par demander au laboratoire Lefèvre de vous faire parvenir une documentation scientifique actualisée et vous courrez chez votre libraire acheter un livre sur l'alchimie.