La chimiothérapie du Soufre
Louis BORY, LE PROGRÈS MÉDICAL, 1938, no 13, 26 mars, page 454.
Revue générale très complète sur la chimiothérapie du soufre, qui comprend ou domine toutes les autres.
L'auteur débute par un chapitre de chimie physio-patbologique du soufre d'où il dégage les conclusions suivantes, en ce qui concerne les, indications générales de la chimiothérapie soufrée
- La première chimiothérapie doit être alimentaire; le régime doit assurer une quantité suffisante de soufre assimilable actif;
- Le soufre est utile dans tous les troubles de la nutrition, surtout lorsqu'il y a atteinte des organes riches en soufre (foie, peau, articulation);
- Le soufre est un agent anti-infectieux utile, comme le soulignent aujourd'hui la sulfochrysothérapie et la sulfamidothérapie;
- C'est un antitoxique, comme noyau des sulfo-conjugaisons, à employer dans les toxémies et les intolérances.
M. Bory rappelle ensuite les :
Agents de la chimiothérapie soufrée
En bref, ils comportent :
- Le soufre minéral, et l'auteur insiste sur les propriétés générales du soufre en nature ou colloïdal (antiparasitaire, antiseptique interne, laxatif, antitoxique anticatarrhal, antirhumatismal) sur la large utilisation des sulfures aux eaux minérales, sur l'emploi courant des hyposulfites et des sulfates.
- Le soufre organique, d'emploi plus récent, et l’on tend actuellement à ajouter un groupe soufré aux produits chimiothérapiques, le soufre apportant une action synergétique ou un appoint généralement protecteur au produit auquel on l'ajoute. Il faut noter que les injections parentérales de corps à groupe thiols ou disulfures sont pyrétogènes et généralement douloureuses. Enfin, la distinction entre soufre non oxydé et soufre oxydé est fausse au moins en ce qui concerne l'action antiparasitaire et antiinfectieuse d'un produit donné.
Ainsi a-t-on été amené à utiliser en particulier :
- Les sels d'or soufrés pour le traitement de la tuberculose et des rhumatismes;
- Les produits sulfamidés actifs dans les streptococcies, et qu'on emploie actuellement contre les affections cocciques en général;
- Les huiles soufrées ;
- Le thiofène, introduit en thérapeutique par l'auteur; le thiofène carboxylé soluble et injectable par voies sous-cutanée et intra-veineuse est la forme la plus simple, la plus active et la plus pratique du soufre utilisé par voie parentérale, ne provoquant aucun incident local ou général. L'auteur a étudié son action dans les grandes infections, la maladie de Bouillaud, les tuberculoses, et le recommande au stade aigu des infections générales ou pulmonaires, ou articulaires par voie intra-veineuse (0.10 dans 2 cmc. d'eau, une à deux fois par jour). Le thiofène en capsules per os semble devoir être réservé aux cas subaigus ou chroniques (0,0 5 et plus, 3 fois par jour) et quand la désinfection intestinale paraît indiquée.
- Le soufre vivant, fabriqué par les organismes vivants: tels le glutathion, l'insuline, des produits opothérapiques, la cystéine, les barégines des eaux sulfureuses.
Applications de la chimiothérapie soufrée
Les indications de la chimiothérapie soufrée peuvent être classées en trois grands groupes :
- Chimiothérapie soufrée des troubles de la nutrition.
- Nutrition générale :
Il est des conditions augmentant les besoins en soufre de l'organisme : maladies fébriles, régimes hypoazotés, croissance, etc. Il s'ensuit que la médication soufrée, de préférence sous forme de thiophène et d'hyposulfite, est à utiliser dans les athrepsies, les consomptions, fer convalescence. Dans le diabète, le soufre parait avoir une utilité réelle sous forme colloïdale, ou sous la forme apportée par les traitements hydrologiques, en particulier. De nouvelles études restent à faire dans ce domaine.
- Nutrition locale :
- Pulmonaire :
Les eaux minérales sulfureuses sont particulièrement utiles aux rhino-bronchitiques chroniques.
- Cutanée :
Le soufre est indiqué dans les réactions d'intolérance ou de sensibilisation, dans les états séborrhéiques ou acnéiques, dans les parakératoses, certaines affections vésiculo-bulleuses.
- Articulaire :
Le soufre est un élément Capital de l'équilibre articulaire et la chimiothérapie soufrée est efficace dans la plupart des arthropathies. Elle régularise le métabolisme du soufre et par suite des autres métabolismes.
- Chimiothérapie soufrée antitoxique
L'action antitoxique du foie dépend de ses réserves en glutathion. Le Pouvoir antitoxique du soufre est utilisé dans l'Intoxication saturnine aiguë, le traitement mercuriel, la médication bismuthée, les traitements par les arsénobenzènes, les états d'intolérance ou de sensibilisation que l'on traite par les hyposulfites de soude ou de magnésie.
- Chimiothérapie soufrée anti-infectieuse
Le soufre est utilisé comme antiparasitaire en applications externes, comme antiseptique intestinal et comme antihelminitique. L'action antimicrobienne déjà antérieurement connue a été largement confirmée par la généralisation d'emploi des produits sulfamidés, dont on connaît maintenant le rôle très favorable dans les infections à cocci. En terminant, l'auteur souligne la sensibilité d'autre virus que les cocci aux médications soufrées
- Virus neurotropes invisibles de zona et herpès;
- Virus inconnu de la maladie de Bouillaud;
- Tréponème de la syphilis (en ce sens que le soufre apporte un appoint au traitement de la syphilis).
- Enfin il semble que la question de la thérapeutique soufrée de la tuberculose sous forme hydro-minérale ou chimiothérapique est à reprendre et que pour être curative la chimiothérapie antituberculeuse devra porter du soufre.